Récits de Femmes

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Quelques récits de femmes

Petit marché de Karhale à Bukavu où les femmes d’AFIA-FEV vendent leurs produits. Note: les noms ont été changés et les femmes citées ici ne figurent pas sur l’ image ci-dessus afin de protéger leur identité.

La grande force de l’AFIA FEV réside dans les femmes avec qui nous travaillons et les récits de leur vie nous ont beaucoup touchés. Voici notamment le témoignage de trois femmes.

Note: Les noms ont été changés et les femmes citées ici ne figurent pas sur l’ image ci-dessus afin de protéger leur identité.

Nafri

Je vais témoigner ici du long et pénible voyage que j’ai dû effectuer en 2008 lors de la guerre qui s’est déroulée en RCD. Ayant quitté Bukavu pour me rendre à Burega, fuyant la guerre, mes amies et moi avons eu la malchance de tomber, en cours de route, sur les interahamwes qui nous avaient violées. Mes amies moururent mais je rends grâce à Dieu d’être encore vivante aujourd’hui.

Grâce à AFIA-FEV je connais mon statut sérologique et j’ai pu accéder au Micro Crédit Valeurs. Avec les USD 20 que j’ai empruntés, j’ai acheté un peu de pétrole que je revends. Mais cette somme ne me permets pas d’acheter un bidon entier. Je suis donc obligée d’acheter quelques litres que je revends. Je gagne 800 FC et je dois rembourser 1 dollars pour qu’un autre membre de l’association accède au micro crédit.

Cette somme étant vraiment insuffisante, je remercie nos amis du WWSF qui ont fait confiance à AFIA-FEV et l’ont récompensée du prix de la Créativité des Femmes en Milieu Rural car aujourd’hui le montant du micro crédit est passé à USD 40. Cette somme reste bien sûr insuffisante vu l’augmentation du coût de la vie, mais je remercie l’association parce qu’elle me permet de subvenir à quelques besoins familiaux.

Christina

Je vivais à Walungu et plus précisément à Kanyola. Lorsque mon mari constata que l’insécurité devenait de plus en plus critique et que les maisons aux alentours ont été pillées, nous avons décidé de vendre notre vache afin qu’elle ne tombe pas aux mains des intérahamwes. Le soir même nous avons reçu de la visite à la maison et mon mari fut sérieusement battu parce qu’on lui demandait de montrer notre argent. Comme mon mari résistait, ils ont failli le tuer. Devant cette menace, je n’avais pas d’autre choix que de leur remettre l’argent dans l’espoir qu’ils allaient nous laisser la vie sauve. Malheureusement après avoir frappé mon mari et emporté l’argent, ils se sont retournés contre moi et vous pouvez vous imaginer ce qu’ils m’ont fait… ce serait horrible à décrire mais ils faut en parler pour briser le silence et afin que tout le monde sache les atrocités qu’ils ont commises.

Quand j’ai rencontré l’AFIA-FEV, il y a deux ans, je ne voulais pas raconter ce qui m’était arrivé parce que j’avais honte, mais au fur et à mesure que je participe aux réunions sur les valeurs, je me rends compte que mon témoignage est aussi d’une grande importance.

Après que Béatrice m’ait recommandé auprès de Médecins Sans Frontières pour un dépistage, il s’est avéré que je suis séropositive et j’accepte mon statut. Actuellement, je reçois les soins de la clinique des infections où travaille Béatrice, à Bagira.

Ayant pu bénéficier de deux tranches de Micro Crédit Valeurs pour USD 20 puis USD 40, je vends de la farine de maïs à la maison. Cette activité me rapporte 1200 FC par semaine, moins le remboursement de 1 dollars. Autant dire que le bénéfice est insuffisant et je souhaiterais qu’on puisse augmenter le capital qu’on reçoit. Malgré la situation conjoncturelle difficile du pays, j’arrive à subvenir aux besoins de première nécessité de ma famille mais dès qu’un enfant tombe malade, je dois le faire soigner sur ce même argent du micro crédit. Au début, lorsque nous recevions 1 dollar, celui-ci équivalait à 580 Fc. Aujourd’hui, nous remboursons 830 FC pour 1 dollar.

Kabu

Quand on me demande le souvenir que je pourrais un jour garder de l’AFIA-FEV, en un mot je dirais : « J’avais faim et vous m’avez nourrie; j’étais sans famille et vous m’avez accueillie ».

J’ai rencontré AFIA-FEV par une amie et aujourd’hui j’y ai trouvé une grande famille. Ce qui m’est arrivé dans le passé ne constitue plus un problème dans ma vie car j’ai trouvé une famille qui m’aide et qui m’appuie. Je suis suivi par Médecins Sans Frontières pour les soins et l’argent du Micro Crédit Valeurs me permet de vendre de la farine de manioc. Je serais ingrate si je ne remerciais pas tous les bienfaiteurs d’AFIA-FEV. Je ne peux pas me lamenter car l’association a fait tout ce qu’elle pouvait mais si elle trouvait les moyens de renforcer notre capital, ce serait encore mieux. Merci à tous les amis de l’association AFIA-FEV.

AFIA-FEV

The women’s stories

A market place where some of the AFIA-FEV women sell their products. The women in the text below are not shown in the picture.

The great strength of AFIA-FEV are the women we work together with. Their stories have touched us greatly. Here are the stories from three of the women.

The names have been changed and the picture above does not show the women, in order to protect their identity.

Nafri

I would like to tell you about the long and painful journey that I made in 2008 during the War of DR of Congo. I had left Bukavu to go to Burega and along the way, my friends and I had the bad luck of running into the Interahamwe, that violated us. My friends died but I thank God that I am still alive today.

Thanks to AFIA-FEV I know my HIV-status and I received micro credits from them. With the US. $20 I borrowed I have bought oil. Given the limited amount of money, I can not buy a whole bottle of oil. I am obliged to buy a few liters which I then resell. I earn 800 FC per week and I must repay $1.

The sum of $20 was really inadequate and I am grateful for the friends who believed in AFIAFEV and gave the WWSF prize. The prize meant that our micro-credit has increased to $40. Although this amount is unimportant today because of the blow of life, I thank the association because this sum enables me to provide for some family needs.

Christina 

I lived in Walungu and specifically Kanyola. When my husband noted that the area was not safe and that the houses were visited, we decided to sell our cow so it would not be carried in the bush by the Interahamwe. That evening we received a visit to our home and my husband was severely beaten because someone was trying to watch money. Since my husband resisted, they failed to kill him. Faced with this threat I had no choice but to give them money in the hope that they would not kill us. Unfortunately after they hit my husband, they took the money and turned against me and you can imagine what they did… It’s horrible to tell this, but it is necessary to break the silence and let people know about the evil they have committed.

When I met AFIA-FEV two years ago, I did not want to open myself up because I was ashamed, but as I participate in meetings about values, I realize that I am also of great importance. Beatrice had recommended me to Médecins Sans Frontières for testing. I am HIV positive, and I accept my status. I am currently in clinical care for opportunistic infections in the clinic in Bagira, where Béatrice works. I have received two loans of U.S. $20 and 40 dollars.

I sell maize flour at home. I earn 1200 FC and I repay U.S. $1 each week. I must say I’m not really satisfied because the profit is really insufficient. I wish that we had more money we could borrow. On the other hand I can support some family needs despite the difficult economic situation in the country. It is difficult if one of my children should become ill and I must repay the micro credit. When we received the money U.S. $1 was equal to 580 FC. Today we pay 850 FC to $1.

Kabu

When people ask me to tell them what AFIA-FEV means to me I would say « I was hungry and you fed me, I was without family, you welcomed me. »

If I had heard about AFIA-FEV and I was brought to it by a friend. Today they are like a big family to me and what happened in the past is no longer a problem in my life because I received a family and that has helped me. I have support from the Médecins Sans Frontières for the disease and the money I leant from AFIA-FEV allows me to sell cassava flour. I would be ungrateful if I do not thank all the benefactors of AFIA-FEV. I can not complain because AFIA-FEV has done what it could, so quite simply it still finds something that it condescends to reinforce our capital. Thank you to all friends of the association AFIA-FEV.